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Vif - focus- 25.02.2011

'L'artiste
de la semaine'
Cinquante
degrés nord ARTE Belgique
7-11/03/2011
Citadin mais pas guindé. Entre ses
murs de briques, le jardin, décoloré par l’hiver,
n’est, à cette époque de l’année,
que promesses. Ou souvenirs.
La
fenêtre fait écran.
L’atelier
est en contrebas. Sur une paroi tapissée de dessins : branches,
feuilles, brindilles, plantules, fragments déchirés
ou découpés, reliquats de la récolte estivale.
Assemblage inachevé, collage provisoire. Relecture. Recomposition.
Depuis
l’été, Anne Marie Finné a dessiné
dans son jardin journellement, sans aller beaucoup plus loin que
le seringat planté par elle il y a vingt ans, vers la droite,
juste au-delà la glycine qui surplombe la terrasse.
Pour parcourir le monde.
Après
les gelures des absences, est venu le temps de la proximité
à soi. La violence n’a pas dit son dernier mot. Elle
s’inscrit dans la sérénité du présent.
Oser
le silence, avec force.
S’arrêter.
La
déambulation est quotidienne, l’environnement familier
et proche, sans détours par les objets, leurs ombres et
leurs couleurs.
Le
crayon, promeneur minuscule, se faufile dans les herbes. Il dresse
l’état des lieux de son parcours botanique. Il choisit
son itinéraire et sa cadence. Il s’enfonce, contourne,
scrute et rend compte aussi de l’entre-deux, là où
le regard croit ne plus rien voir.
Il
décrit, détaille, dissimule. Il effleure, s’attarde,
griffe, se presse ou s’efface. Le trait est tantôt
noir et gras, tantôt pâle, fin, incisé jusqu’à
l’entaille.
Les
parcelles de jardin reposent sur le papier - elle le veut dur
et résistant : des touffes d’herbes arrachées
à la terre côtoient des mottes argileuses tranchées
d’un coup de bêche.
Catherine Fache
2010

Suite
d’instants
Sur
un long papier de plus d’un mètre de long, la mine
graphite du crayon d’Anne Marie Finné a capturé
quelques tiges de bambous, des touffes d’herbe, des cailloux
blancs, un amas de feuilles. Une composition qui s’appréhende
de loin : très graphique, et de tout près : pleine
de détails comme des petits secrets végétaux
dévoilés. Un instant capturé au fond du jardin.
Chacun
de ses dessins porte un nom de code – par exemple : 10h15
- 14 02 2010 - , qui fait référence au moment précis
de la journée où le crayon a effleuré le
papier pour laisser une trace du regard de l’artiste.
Pour un autre dessin, le trait se fait plus léger, le crayon
caresse la feuille, déployant une délicate composition
d’herbes et autres végétaux attrapés
« sur le vif ». C’est délicat, comme
une photo usée par le soleil. Plus loin, sur un petit format,
le trait est hachuré, vif, presque dur : sur la droite,
très foncé, sur la gauche, très léger
et clair. La composition est bouillonnante.
Anne
Marie Finné est professeur de dessin à l’Académie
de Molenbeek-Saint-Jean depuis 1997. Diplômée de
dessin à la Cambre, elle travaille la gravure, la reliure
et le dessin. La série de dessins qu’elle montre
aujourd’hui à la galerie Ist-Art-Ist offre un regard
plein de vie sur la beauté « toute simple »
et toute proche d’un jardin citadin.
Depuis un an, l’artiste a dessiné dans son jardin
journellement, sans aller beaucoup plus loin que le seringat planté
par celle-ci il y a vingt ans, vers la droite, juste au-delà
la glycine qui surplombe la terrasse. Utilisant uniquement le
crayon gris gras et la mine graphite, elle décrit, en dessins
monochromes, formes végétales, plantes et racines,
pour un résultat presque méditatif.
Son
regard s’arrête au ras des pâquerettes, dans
la beauté tendre et exceptionnelle d’un bouquet d’herbes.
La déambulation est quotidienne, l’environnement
familier et proche, sans détours par les objets, leurs
ombres et leurs couleurs. Proche du dessin botanique par sa technique,
le trait transforme pourtant la réalité de son petit
jardin de ville en une proposition mystérieuse. On sent
que l’artiste, à travers son jardin, dessine aussi
les contours de son état émotionnel du moment. Le
trait, délicat, hachuré ou incisif, dévoile
plus qu’une simple représentation de la réalité
végétale.
C’est sans doute pour cela qu’en retournant chaque
jour au jardin pour y jeter un regard, puis en déposant
les images sur le papier, Anne Marie Finné peut présenter
aujourd’hui un ensemble très subtil de dessins, qui
semblent tous dire quelque chose de différent, avec beaucoup
de délicatesse. Le monde est juste là, au fond du
jardin.
Muriel
de Crayencour
L'Echo - 15.05.2010
Exposition
‘Fragile’
Galerie Libre Cours
Ce
qui me frappe le plus dans le travail d’Anne Marie Finné,
c'est sa sensualité, plus exactement sa tactilité
(ou sa textilité: disons sa taxtilité). Plus que
de se donner à voir, il s'approche (non sans un certain
retrait), et vient nous toucher. Il caresse l'oeil, invitant la
main à le caresser en retour. Un certain trouble s'empare
de nous, un bien-être aussi. On n'est pas face à
une représentation (ou non), mais avec (dans, sur, sous...)
une texture qui nous lit.
Philippe
Hunt
Septembre 2007
Simplicité, pureté et tranquilité,
trois mots pour cette exposition qui réunit les oeuvres
de deux artistes belges. Anne Marie Finné glane le papier,
le collectionne et le conserve précieusement. Elle tire
parti de sa fragilité, effleure la figuration et fait naître
des corps éphémères.
Ronald Ceuppens, lui, est profondément inspiré par
la nature. Son atelier est une recherche d’équivalence
à la nature et au calme. Les traces matérielles
et visuelles de ses itinéraires figurent dans son oeuvre
graphique sous forme de ‘collages’ où les couleurs,
les formes et le graphisme structurent les réminiscences
végétales et organiques.
ArteNews
Septembre 2007
Anne Marie
Finné occupe conjointement avec Ronald Ceuppens les cimaises
de Libre Cours.
Ancienne élève de P. Lahaut à La Cambre et
de M. Pasternak et Anne Dykmans à Etterbeek, elle est à
son tour professeur dans l’atelier des enfants et professeur
de dessin à Molenbeek St Jean, elle n’en poursuit
pas moins un parcours impressionnant d’expositions et glane
régulièrement des prix prestigieux.
Cette pastelliste de grand talent est séduite par les visions
éphémères, ces instants envolés mais
jamais disparus de la mémoire. J’ai dit naguère
qu’elle aimait capter l’ombre d’une ombre mais
n’est-ce pas là que se situe la plus belle manifestation
de la vie? L’objet le plus bassement matériel devient
dans le regard d’Anne Marie Finné un véritable
moment d’éternité.
Une exposition de classe.
Anita Nardon
Exposition
' Le secret des sables '
Galerie Tre-a
Des
papiers chiffonnés aux graines séchées,
Il n’y avait qu’un jardin à franchir.
Des fruits accrochés à leurs branches
En éclats de vie.
Des boutons de roses, infiniment patients,
Puissants et silencieux
Suspendus par delà la terre emmêlée
Tels des grains de sable lentement balayés.
Il
n’y avait qu’à baisser les yeux
Pour arracher ce bout de terre résistant,
Motte isolée habitant le vide,
Herbe volée et aérienne.
Fragile équilibre d’enlacement et d’élancement.
Parce
que le bout du monde
C’est aller au fond du jardin.
Anne
Marie Finné
Mars 2006
Ordre
d'apparaître, 1
6.
bras d'ombre
en avant du sein, du genoux
filtre harassé du regard
et même désolation sous les pieds
plus loin s'offrent peu-être
l'horizon et les coquillages broyés d'un soubresaut
demain manigance déjà en aval des ténèbres
Extrait
- Texte librement écrit d'après les oeuvres d'Anne
Marie Finné
Jack Keguenne 2009
Infos

Exposition ' Si elle'
Librairie Quartiers Latins
The
only thing that moved upon the vast
semicircle of the beach was one small black
spot.
Virginia Woolf : “Solid Objects”
Femmes
de papier: quelques bribes pour, avec Anne Marie Finné
Depuis
toujours le papier l’a appelée (1),
lui a fait signe : c’est lui qui a dicté le choix
d’un médium, le dessin – même si parfois
la peinture tente, moins « fragile dit-elle (c’est
un de ses mots)
Le
papier, le plus humble, le plus jetable croit on (celui des boîtes
à souliers, des filtres), elle le glane, le garde, le collectionne,
le range soigneusement, comme elle garde des mots (titres possibles,
d’œuvres à venir, venus de romans, de poèmes),
et bien sûr des images (des photos de Muybridge sur papier
journal, par exemple) – elle aime les mots, même si
elle croit qu’ils lui manquent (elle m’a donné
ces mots)
La
fragilité, toujours, le grain du papier, du pastel, de
la photo (de la voix), comme une poussière – tiens,
nous n’avons pas parlé des mandalas de sable
Ce
qui vient à la rencontre du papier, c’est d’abord
le pastel sec, sa douceur, glissant le long – mais récemment
elle s’est remise au crayon, un rapport plus agressif au
papier, qui creuse, qui trace des frontières (des frontières
courbes)
Ce
qui se marque sur le papier, c’est encore le papier, boules
ou boulettes, froissées (mais pas déchirées),
celui qu’elle collectionne, tout simple, des bribes, des
riens, « petites choses dans la main » (mis en abyme,
pourtant)
Mais
les riens ici, à Quartiers Latins, ce sont des boules avec
des femmes, des femmes qui parfois sont parfaitement enfermées,
protégées, encoconnées dans une boulette
(un boulet ? un devenir-caillou ?), parfois s’enfoncent,
s’effacent, s’exténuent (devenir-fumée,
ombre, brouillard) dans un au-delà du papier (du miroir),
parfois sont mises au grill, sur des ensembles de griffes parallèles
(des « stores »,dit-elle, plus tard des « partitions
»), toujours (se) tournant un peu au moins, jamais frontales,
souvent coupées (« cassées », dit-elle)
Naissance
du corps, passage, figuration (défigurante, mais sans grande
violence…sauf parfois, un « coup de boule »)
Cela,
pour vous, nous, le spectateur, qu’on se sente flotter,
comme la boulette, de bonheur, qu’on reprenne peut-être
la boulette, en fasse d’autres figures : le simple, l’éphémère,
mais qui reste, se répète
Car
elle fait toujours la même chose, presque la même
chose, avec chaque fois des petits écarts, ici plus petit,
parfois plus coloré, les boulettes comme des virgules qui
ponctuent, certes, le quotidien, mais ne prétendent pas
s’exhausser hors de lui, seulement le marquer, le scander,
que nous le vivions, la musique simple du quotidien, les pas de
la femme qui marche, d’une photo à l’autre,
un peu déstabilisée par la ficelle, elle aussi
(1)
L’ordinateur, son inconscient, m’a fait écrire
d’abord « papelée »…
Philippe Hunt
Mai 2005
Quelque chose.
Quelque chose de ténu.
Quelque chose d’indicible.
Quelque chose qui revient de loin.
Quelque chose de fragile.
Quelque chose qui grandit.
Quelque chose qui ne s’arrête pas.
La fin qui appelle un début.
La nuit qui engendre le jour.
Le souffle d’une trompette
comme une silhouette en silence.
Le dessin définitif d’un sourire.
La voix de quelqu’un
et dans cette voix
toute l’histoire.
Francis Dannemark
Mai 2005
Des
images, des photos, des reproductions conservées dans des
caisses, au cas où. Pourquoi ce jour-là, l’une
d’elles est réapparue.
Des femmes, plutôt une, elle en mouvement. Cette photo de
Muybridge, je l’ai découpée dans un journal
plusieurs années auparavant. Le papier a vieilli.
Une envie de revenir au noir et blanc dans mes dessins, à
la transparence des gris colorés a coïncidé
avec la découverte de cette photo du début du siècle.
Les papiers, je les chiffonne. J’observe ces boulettes.
Elles attendent que la lumière les frôle, que l’ombre
vienne me surprendre. Elles prennent leur place dans l’espace
de ma feuille. L’ombre et la forme se répondent.
Alors je les dessine.
J’effleure et griffe le papier de pastel, l’image
se révèle. Frôlement du grain de la peau,
de la photo et des pigments.
Formes rondes en suspension, en suggestion. Coup de poing, point
à la ligne, cailloux. Mélange de légèreté
et de colère.
La série de dessins « elle », petits formats
intimistes, parle de ces corps fragiles et froissés. Au
dessin au crayon s’ajoute la couleur effaçant le
corps.
Ces infimes présences silencieuses abritent mes émotions.
Anne Marie Finné 2005
Les
dessins d’Anne Marie Finné semblent en devenir. Apparitions
fragiles, aux couleurs de la terre, ils dansent au rythme d’un
rêve resté en suspens. Le temps s’arrête,
les matières se révèlent. Ces variations
multiples sur le thème du hasard du froissement dévoilent
une sensibilité tout en finesse et pudeur.
Martine Dustin 2002
Par
le refus des papiers délaissés, Anne Marie Finné
se détourne d'un monde délavé. Son oeuvre
nous colle à la peau, à la rétine par sa
matière, par le jeu de la technique et du hasard, par une
image sombre et tendre à la fois qui nous incite à
voir, à se retremper dans un monde où homme, nature
et objets ne subissent plus la solitude d'un divorce affreux mais
fêtent leurs retrouvailles dans un instant de paix et d'émotions.
Désormais la mémoire fera partie du rêve,
du désir et vice-versa.
Guido
vermeulen 2002
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